Dépollution des anciens terrains de la Mobil. Un article du Monde nous informe sur les possibilités actuelles


Un article du Monde trés intéressant que je recopie ici.

Vos commentaires sont bienvenus…

 

La pollution des sols et des nappes phréatiques, par les activités industrielles présentes ou passées, pose des défis environnementaux et sanitaires, mais aussi technologiques. Cet été, des chercheurs de l’université interaméricaine de Porto Rico ont annoncé avoir mis au point une bactérie Escherichia coli transgénique, capable de survivre à de fortes concentrations de mercure et de le séquestrer.

Chaque année dans le monde, 6 000 tonnes de mercure sont rejetées dans la nature, essentiellement par les industries chimiques et minières, entraînant d’importantes pollutions des eaux et des sols. Sous sa forme simple ou de composé (méthylmercure), ce métal lourd peut entrer dans la chaîne alimentaire, par les poissons par exemple, provoquant des intoxications animales et humaines, comme l’a montré la catastrophe de Minamata au Japon.

L’idée de faire appel à une bactérie transgénique pour dépolluer n’est pas nouvelle, puisqu’un brevet couvrant une souche de Pseudomonas æruginosa, génétiquement modifiée pour dégrader des hydrocarbures, avait été déposé, en 1980, par le chercheur indo-américain Ananda Chakrabarty. Ce fut d’ailleurs le premier brevet à concerner un OGM.

La bactérie transgénique des scientifiques portoricains n’enthousiasme pourtant pas leurs confrères français. « C’est une bête de labo, mais il faudrait y réfléchir à deux fois avant de la relâcher dans la nature. Rien ne dit qu’elle sera stable au cours du temps, comme le sont les bactéries qui ont acquis une résistance au mercure au fil de l’évolution, estime la biologiste Mireille Bruschi (CNRS, Marseille). Le procédé pourrait susciter des oppositions dans la société et ne pas être compatible avec la législation européenne. » Dominique Morin, du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), abonde dans le même sens. « Il existe des méthodes peu coûteuses de décontamination, employant des moyens biologiques, dits « naturels » ou « verts » », souligne-t-il.

Les techniques utilisées pour dépolluer un sol ou de l’eau font appel soit à des méthodes chimiques ou physico-chimiques, soit à des bactéries ou à d’autres micro-organismes. Ce dernier procédé est appelé « bioremédiation ».

Le principe de l’injection de microbes dans le sol pour aider à sa dépollution remonte au début des années 1950. Au cours de leur évolution, les bactéries ont développé des stratégies de détoxification : la présence de métaux toxiques modifiant les conditions chimiques du milieu, « la bactérie se débrouille pour enlever le métal », résume Mireille Bruschi.

Méthode peu coûteuse

« La plupart de sols pollués possèdent un potentiel de bioremédiation permettant aux micro-organismes de dégrader les polluants en formes non toxiques, précise Dominique Morin. Souvent, les sols eux-mêmes sont capables de produire spontanément des formes détoxifiées des polluants organiques. La bioremédiation n’est qu’une forme activée, stimulée et maîtrisée de ce phénomène. » Ainsi, des centaines de micro-organismes produisent du cyanure, mais il y en existe au moins autant capables de le dégrader.

Dans le cadre d’un programme européen, l’équipe de Mme Bruschi s’est intéressée à la réduction des métaux lourds par des bactéries, dites « sulfatoréductrices », capables de réduire les métaux de manière à la fois chimique et enzymatique. « Le recours à ce type de bactérie présente plusieurs avantages, explique la chercheuse. C’est une solution plus écologique que les procédés d’injection de produits chimiques qui vont persister dans les sols. Et elle est peu coûteuse, car on peut utiliser les micro-organismes présents dans le sol. »

Un projet pilote basé sur ces recherches a été lancé par le BRGM, sur des sols contaminés par du chrome utilisé dans un atelier de métallurgie. « Dans un tel cas, on peut décaper le terrain et évacuer les déblais dans une décharge, mais cela n’est pas toujours possible, et il faut alors traiter in situ. C’est ce qui a pu être fait en immobilisant le chrome dans le sol sous une forme plus inoffensive », relate M. Morin. L’équipe cherche aujourd’hui à déterminer les mécanismes moléculaires mis en oeuvre par les bactéries pour répondre au « stress » provoqué par la présence des métaux lourds toxiques.

La bioremédiation peut être employée contre de nombreux contaminants : hydrocarbures, PCB, fioul, essence, métaux lourds (mercure, chrome, cadmium, cuivre), pesticides, huiles, déchets industriels… Bien que moins rapide que les procédés chimiques ou physico-chimiques, elle n’a pas l’inconvénient, comme ces derniers, de laisser persister des produits réactifs dans l’environnement. Son potentiel de développement est donc important, d’autant, rappelle Dominique Morin, que l’« on ne connaît que 5 % des micro-organismes existant dans le sol ».

Paul Benkimoun

Edition du 03/11/2011